Les tarifs des illustrateurs suite & fin

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Le prix des œuvres originales

Avez-vous un jour souhaité acheter un dessin ou une peinture originale d’un artiste que vous appréciez? Dans ce cas vous avez surement dû vous faire la réflexion que ses prix vous semblaient astronomiques !

Permettez-moi de vous donner quelques raisons qui pèsent sur le choix du prix qu’un artiste-auteur accorde à une de ses réalisations. Peut-être qu’ainsi vous serez plus à même de juger ce prix à payer, et avec un peu de chance je réussirai à vous convaincre de sauter le pas et de vous faire ce cadeau…

Posséder une œuvre originale d’un artiste qu’on affectionne, c’est établir un lien privilégié avec cet artiste.

Acheter une œuvre originale, c’est aider un artiste ou un artiste-auteur à vivre de son art.

Une œuvre originale prend de la valeur avec le temps ! Qu’elle soit réalisée à l’aquarelle, au stylo, à l’huile, sur du papier, sur une toile, etc. Vous pourrez toujours la revendre plus cher que ce que vous l’avez acheté à l’artiste.

Note: il a été instauré ce qui s’appelle un « droit de suite » afin que les artistes ne soient pas lésés par les vendeurs et revendeurs d’œuvres d’art: à chaque fois qu’une œuvre est revendue par un professionnel du marché de l’Art, le vendeur doit verser entre 4 et 0,25% du prix de vente HT à l’auteur. Sauf si cette vente à lieu plus de 70 ans après la mort de l’auteur, ou si la vente se fait entre particuliers. De plus seules les œuvres d’art se vendant à plus de 750€ sont concernées par le droit de suite.

Si le coût des matériaux utilisés peut être négligeable (feuille de papier, peinture, pinceaux, etc.) il faut toutefois prendre en compte le temps nécessaire pour réaliser l’œuvre mais également le temps qu’il a fallu en étapes préparatoires : recherches, croquis, essais… Sachez aussi qu’il aura parfois fallu à l’artiste des années voire des décennies de travail pour pouvoir réaliser l’œuvre que vous souhaiteriez acheter…

Quand on à travaillé pendant des jours sur une œuvre, il peut nous être plus difficile d’accepter de nous en séparer définitivement, en la confiant aux soins d’une personne qui nous est parfois inconnue.

Il existe une alternative moins onéreuse que l’achat d’un ‘original’ (dessin, peinture, etc.) la plupart du temps on appelle cela un « tirage d’art ». Il s’agit en fait d’une reproduction de l’originale (c’est une copie, comme si vous imprimiez vous-même une image) mais la qualité d’impression est excellente, idem pour le support (papier épais ou toile sur châssis), et elle est souvent signée et numérotée par l’artiste (car en quantité limitée).

Nombreux sont les artistes qui proposent cela, grâce à des sites internet tels etsy.com, society6.com, www.alittlemarket.com, www.drawin.fr, qui permettent aux artistes d’ouvrir en quelque sorte leur propre boutique en ligne. (le site se rémunère par un pourcentage sur chaque vente) Vous pouvez également trouver sur ces sites des œuvres originales mises en vente.

Les droits d’auteur

Les illustrateurs, auteurs d’œuvres originales, peuvent percevoir deux types de rémunération différentes :

– des honoraires de création ;
– une rémunération des droits d’auteur ;

La première est due à l’auteur lorsqu’on veut lui faire réaliser un travail en particulier : il s’agit d’une commande. La seconde est obligatoirement due à l’auteur dès que l’on veut utiliser son travail.

Il ne faut pas confondre :
– les droits des auteurs,
la rémunération qui est due en échange.
Une création appartient entièrement à son auteur, il possède tous les droits dessus; il peut céder le droit d’utiliser son œuvre à quelqu’un, en échange d’une rémunération adéquate.

Les honoraires de création: Lorsqu’on passe commande auprès d’un illustrateur, celui-ci va réaliser un travail personnalisé, suivant l’envie ou le besoin du commanditaire, qui ne se gênera pas pour exiger tout ce qu’il veut. C’est pourquoi il est normal que l’illustrateur demande à être payé en échange de cette prestation. Le coût des honoraires de création se calcule en multipliant le nombre d’heures passées sur la commande par le tarif horaire de l’illustrateur.

La rémunération des droits d’auteur: Si l’œuvre est utilisée sur un produit vendu (carte postale, poster, emballage d’un produit, etc.), l’utilisateur doit en échange reverser un petit pourcentage du prix de vente à l’auteur pour chaque vente réalisée. -on parle aussi de royalties ou de redevance sur les droits d’auteur
Mais si l’œuvre n’est pas sur un produit vendu (par exemple en publicité/communication), on ne peut pas calculer ce pourcentage. Du coup on va estimer de manière globale combien il est juste que l’auteur touche, on parle alors de forfait. (La pratique du forfait s’est généralisée mais elle est assez dangereuse pour les auteurs car souvent la somme estimée est bien inférieure à ce qu’elle devrait être…)

Par exemple, si une entreprise passe commande d’une illustration pour une affiche, elle devra non seulement payer pour sa réalisation, mais aussi pour avoir le droit d’utiliser l’œuvre réalisée par l’auteur.

Note: Il y a beaucoup à dire sur les droits d’auteurs, aussi feront-ils l’objet d’une autre page qui décrira les pièges à éviter quand on est un jeune illustrateur tout fou.

Le travail gratuit

Je me devais de finir cet article sur la rémunération des illustrateurs par un petit mot sur l’absence de rémunération. Je m’adresserai donc plutôt aux aspirants/apprentis/jeunes illustrateurs : évitez autant que possible de travailler gratuitement ! On vous le demandera souvent et de plusieurs manières :

Le projet trop cool, prometteur mais sans le sous. Bien sûr on peut accepter de travailler sans rémunération pour un projet qui nous tient particulièrement à cœur, c’est même souvent le seul moyen d’aider à lancer des projets innovants ou créatifs qui ne bénéficient pas de suffisamment de soutient financier. Mais vous passerez presque votre vie de freelance à entendre dire ‘Mec, mon projet est vraiment prometteur, il va cartonner, fais-moi des illustrations gratuitement tu le regretteras pas!’…  Conseils : ne dites pas oui trop souvent à ce genre de projet; ne le faites que si vous avez du temps libre; rédigez un contrat de cession de droit afin de délimiter clairement ce que l’on pourra ou ne pourra pas faire de vos réalisations; (exemple simple: vous cédez les droits d’utiliser un dessin de manière exclusive, gratuite, et illimitée dans le temps et l’espace. Celui-ci se retrouve imprimé sur toutes sortes de supports, les produits rencontrent un succès fou, etc. Vous ne pourrez jamais demander à toucher une rémunération, car vous avez signé un contrat disant que vous cédiez votre dessin à titre gratuit…) La chose à faire si le client a peu ou pas d’argent pour vous rémunérer, c’est de restreindre au maximum la cession de droits: pas pour longtemps, juste pour le type de support voulu, etc. Par la suite si le succès est au rendez-vous, vous ferez un nouveau contrat et là vous serez payés en tenant compte de l’aide que vous avez apporté au projet… N’oubliez pas que si le client veut vos créations gratuitement, vous avez l’avantage et pouvez poser vos conditions.

les galops d’essai. Quelqu’un recherche un illustrateur, vous lui répondez et il vous demande de faire un essai, pour x ou y raisons. Le mieux est de répondre que non, car même si pour le client c’est un essai, pour vous c’est du travail, commandé par le client, il doit donc vous rémunérer. En effet s’il a pu voir votre book, il sait globalement ce que vous pourriez faire pour lui, et s’il en veut plus pour savoir où il va, c’est son problème, pas le votre. Demandez-lui s’il propose la même chose à son boulanger: je mange une baguette, si elle me plait je l’achète… Si il vous dit qu’il n’y a pas sur votre  site de travaux correspondant à ce qu’il recherche, demandez-lui de préciser ce qu’il entend par là : peut-être avez-vous sur votre ordinateur des choses qui pourraient plus l’intéresser et que vous allez vous empresser de lui envoyer !

Si vous avez les crocs, que vous voulez être conciliants, et que ce qu’il vous demande ne représente pas beaucoup d’efforts, vous pouvez accepter. (genre 2-3 croquis rapides, ok) Mais mettez les choses au clair: c’est exceptionnel, ce seront des ébauches rapides, et il n’aura aucunement le droit d’utiliser les images que vous allez lui envoyer, sauf si vous signez un contrat par la suite.

les sites internet d’appels d’offres. Le principe : un client qui a besoin d’une illustration/d’un logo/etc. s’inscrit et poste sa demande. Les graphistes inscrits sur le site reçoivent la demande, réalisent le ou les visuels demandés et les proposent au client. Si le client est satisfait de l’un d’eux, il paye le graphiste. Le soucis, c’est que les graphistes peuvent s’inscrire gratuitement sur le site, oui mais pour recevoir les demandes, ils doivent souvent payer le site. Bien entendu le site prélève également un pourcentage sur la somme que le client va payer au graphiste. Au final une cinquantaine de graphistes ont travaillé gratuitement (ou pire, ils ont payé dans l’espoir d’être payés) et un seul sera peut-être rémunéré pour sa création. Sauf qu’il est possible que le client refuse toutes les propositions pour n’avoir à payer personne, mais qu’il garde toutes les idées et se fasse faire un logo par son propre graphiste… Pour finir en vous inscrivant sur le site vous pouvez avoir accepté des clauses disant soit que le site peut garder vos réalisations et s’en servir pour faire sa pub, soit carrément mettre en vente libre vos réalisations qui n’ont pas été retenues ! En un mot comme en mille, désertez !!!!

les concours et autres mises en compétition. Dernièrement j’ai vu qu’un petit village paumé du Cantal lançait un concours pour se faire faire un logo: une truite souriante. Bien sûr ils n’ont pas de quoi payer le dessinateur, mais ‘le projet prend de l’ampleur’ et ‘ça fera énormément de pub’… Non allez, sérieusement, pour les même raison que le cas des sites d’appels d’offres, passez votre chemin… Et ce quelque soit l’organisme qui lance le concours ! Parce qu’à force cette pratique honteuse s’est généralisée : les grosses sociétés s’y sont mises, et même les organismes publics… Donc là encore, en un mot comme en mille: boycott, point.

Deux liens intéressants, d’abord une mise en garde de l’AFD à propos des concours, consultable ici (téléchargeable en .pdf ici), puis un petit schéma au ton léger qui vous apportera des réponses si vous vous posez la question ‘Dois-je travailler gratuitement?‘…

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Voilà, vous savez tout ou presque sur les tarifs des illustrateurs indépendants ! Si j’ai pu vous paraître parfois un brin agressif veuillez m’en excuser; la moutarde me monte facilement au nez devant certaines pratiques et au vu des difficultés du métier. (peut-être l’abus de café a-t-il sa part de responsabilité… Je le lui demanderai dès que je le boirai 😉 ) Si vous avez des questions ou des objections, n’hésitez pas à m’envoyer un mail ou à laisser un commentaire sur cet article.

Si vous souhaitez recueillir plus d’informations, il y a quelques bons livres qui traitent du sujet, tels que Profession graphiste indépendant de J. Moya et E. Delamarre (un ‘must-have’), ou encore Le guide du graphiste indépendant de C. Capo-Chichi. Il y a aussi des forums internet où se retrouvent les professionnels : forum.cfsl.net, www.1dcafe.com, www.kob-one.com

 

 

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2 commentaires pour Les tarifs des illustrateurs suite & fin

  • Bonjour ! Je voulais vous remercier pour vos infos qui sont vraiment très bien écrites, très claires et rassurantes. Moi je viens de finir mes études de communication visuelle (j’ai une licence pro de com. visuelle). Je suis passionnée par l’illustration et j’espère bien pouvoir en faire mon métier en tant que freelance. Je sors d’une école supérieure privée, et cher de surcroit, où jamais nous n’avons abordé le sujet de la freelance. Je me retrouve complètement perdue à ne pas savoir comment m’y prendre, ni comment faire un devis ou une facture et n’ayant pas même la moindre notion des tarifs exercés sur le marché.
    Savez-vous s’il existe un modèle standard de devis / facture ? J’ai trouvé des modèles sur le net qui ont l’air plutôt bons mais on n’est jamais trop sûrs avec internet…
    Si vous pouvez me renseigner encore un petit peu 😉
    Merci !
    Tifaine Airola

    • admin

      Bonjour Tifaine,
      Les factures/devis doivent contenir un certain nombre d’éléments pour être valide, hormis cela, leur présentation générale est assez libre. Il n’existe donc pas vraiment de modèle standard, mais des modèles, plus ou moins carrés, propres, complets…
      Je te conseille deux choses: la première est d’acheter et de prendre le temps de lire le livre de J. Moya et E. Delamarre Profession graphiste indépendant. (Il marche aussi pour les illustrateurs, ce sont les même conseils, jette un coup d’oeil au sommaire du livre sur le site vers lequel je t’envoie.)
      La deuxième étant de t’inscrire sur des groupes de réseaux sociaux ou de forum professionnels. Par exemple sur Facebook Au secours, j’ai un devis à faire. Ces groupes permettent de lutter contre le côté « ermite » de la profession d’indépendant, en se soutenant les uns les autres, en apprenant les bonnes pratiques, en obtenant des réponses, etc.
      Surtout documente toi bien avant de te lancer, il y a beaucoup de choses à savoir, mais tu les maîtriseras ne t’en fais pas. Bon courage pour la suite !

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